Bienfaits du sport pour la santé - chapitre 4

La sédentarité est néfaste pour la santé

Auteur : Marc HOUVENAEGHEL

La sédentarité est une absence ou une insuffisance de mouvements.

Cette absence ou cette insuffisance sont responsables de régressions concernant l'ensemble des fonctions qui sont habituellement utilisées pour produire le mouvement du corps.

A long terme ces régressions peuvent favoriser l'apparition de différentes anomalies et de maladies.

Sur l'Appareil locomoteur et les Muscles

Avec diminution des masses musculaires et des mobilités articulaires (arthrose), diminution de la masse osseuse (ostéoporose) ce qui fragilise le squelette et les os,
diminue l'élasticité musculaire et tendineuse.

Sur les réponses Métaboliques : la diminution de l'utilisation de l'ÉNERGIE entraîne un Risque de maladies par surcharge :

  • Concernant les Glucides : Diabète
  • Concernant les Lipides : Athérosclérose et obésité
  • Concernant le cœur et les vaisseaux : Maladie coronaire et Hypertension Artérielle
  • Concernant la Ventilation : inefficacité respiratoire et Asthme

Pour bien appréhender la notion de sédentarité on peut l'étudier dans différentes circonstances :
La sédentarité liée à l'âge,
Le manque d'activité lié aux effets d'un alitement
Les conséquences d'une pathologie.

Le sujet âgé :

Tous les travaux sur le sujet âgé démontrent une régression des capacités physiques qu'on peut qualifier de « déconditionnement ».
Ces travaux insistent donc sur le rôle essentiel de l'activité physique pour le maintien en bonne santé du sujet âgé.

Comment se manifeste ce « déconditionnement » à l'effort :

* Déconditionnement locomoteur : après 50ans, on observe

  • Diminution de la masse musculaire : perte de 1% par an,
  • Diminution de la force de 12-14% tous les 10ans.
  • Force isocinétique des extenseurs et fléchisseurs du coude et du genou :
    A 45-54 ans : - 15,5% à 65-78 ans : - 26,7% par rapport à 20 ans
  • Diminution de la densité osseuse
  • Diminution de la souplesse et de la mobilité articulaire et développement de l'arthrose.
  • Diminution de la perception et troubles d'équilibre [chute].

* Déconditionnement respiratoire et cardiaque :

  • Diminution des volumes et des débits respiratoires :
    Capacité vitale diminuée de 40 à 50% à 70 ans et
    Baisse de Ventilation maximale à puissance maximale.
  • Diminution de la fonction cardiaque :
    Moindre accélération en FC,
    Baisse de la FC Maximale,
    Baisse du Volume d'Ejection Systolique pour le muscle cardiaque.

* Déconditionnement métabolique :

  • Diminution de la VO2max (moins 0,6% à 1% / an) et des capacités aérobies et anaérobies.
  • Diminution des capacités oxydatives périphériques (extraction O2 et enzymes oxydatives) au niveau des muscles.

Références :

  • Fédération française de gymnastique volontaire.
  • Sciences et Sports 2002 ; 17 : 109-116. W.R. Frontera, X. Bigard. The benefits of strength training in the elderly. Revue générale.
  • Sciences et Sports 2002 ; 17 : 155-165. J. Maire, N. Tordi, B. Parratte, J. Lonsdorfer, J.D. Rouillon. Déconditionnement cardiorespiratoire chez le sujet âgé coxarthrosique et intérêt d'un programme de re-conditionnement à l'exercice après arthroplastie totale de hanche.

La sédentarité subie :

Tout arrêt sportif (quelque soit la cause ou la durée) constitue un schéma classique pendant lequel se produit, souvent rapidement, un dés-entraînement dont il faudra tenir compte lors de la reprise du sport.

Dés-entraînement et déconditionnement lié à un alitement forcé :

  • En 20j, diminution de la VO2,
    du Volume d'Ejection Systolique, et du Débit Cardiaque, de l'adaptation de la FC.
  • En 35j, diminution des molécules liées à l'apport de l'énergie : baisse
    en ATP,
    en Créatine phosphate (- 25%),
    en glycogène musculaire (- 50%).
  • En 6 mois, toutes les adaptations à l'effort sont perdues.

Ainsi plus l'arrêt aura été long plus le temps de reprise de l'activité pour retrouver l'état antérieur sera long.

La sédentarité relative :

Le déconditionnement lié à un mode de vie sédentaire provoque un déséquilibre important dans le bilan entre les entrées et les sorties métaboliques et énergétiques avec la production de pathologies dites de « surcharge ».

Ces pathologies sont actuellement bien reconnues et assemblées sous le terme de syndrome poly-métabolique.

En France : la fréquence de ce syndrome est de 23% chez les hommes de 40-55 ans et de 43% au-delà de 55ans.
[S.Gomila, J.Dallongeville. 2003. Epidémiologie du syndrome polymétabolique en France. Médecine et Nutrition, 39 : 89-94.]

Selon l'OMS, dans 7 pays européens, pour 8200 hommes et 9363 femmes, âgés de plus de 20 ans, la fréquence du syndrome polymétabolique augmente avec l'âge et est toujours plus élevée chez l'homme.
[B.Balkau et al, 2002, Diabetes et metabilism, 28 : 364-376.]

Fréquence du syndrome polymétabolique HOMMES FEMMES
< 40 ans 14 % 4 %
40 à 50 ans 23 % 13 %
> 55 ans 41 % 26 %

Il est constitué de un ou plusieurs facteurs de risque (définitions de l'OMS et du National Cholestérol Education Program) :

  HOMMES FEMMES
Adiposité IMC > 30 ou
rapport Taille/Hanche > 0,9
ou > 102 cm

IMC > 30
rapport Taille/Hanche > 0,85
ou > 88 cm

dys-lipidémie Cholestérol HDL Cholestérol HDL
  <0,9 mmol/l < 0,35 g/l
Triglycérides
> 1,7 mmol/l > 1,5 g/l
<1 mmol/l < 0,39 g/l
Triglycérides
> 1,7 mmol/l > 1,5 g/l
Glycémie > 6,1 mmo/l
> 110 mg/dl
Pré diabète
> 6,1 mmo/l
> 110 mg/dl
Pré diabète
HTA > 160 - 90 mmHg
ou > 130 – 85 mmHg
> 160 - 90 mmHg
ou > 130 – 85 mmHg
Micro-Albuminurie élimination. urinaire < 20 mcg/min
ratio albumine/créatinine > 20 mg/g
élimination. urinaire < 20 mcg/min
ratio albumine/créatinine > 20 mg/g

Ce syndrome multiplie le risque athéromateux par 3 et le risque cardiovasculaire par 1,8.
La sédentarité est donc néfaste.
La capacité à l'effort en revanche permet une meilleure santé. On observe par exemple une corrélation nette entre la capacité aérobie (capacité à bouger et faire un effort prolongé) et la morbidité dans un cadre péri-opératoire (chirurgie de la hanche) : les patients capables de réaliser un test d'effort correctement présentent un risque de complications nettement moins élevé que les patients incapables de réaliser le test.

Capacité à réaliser un test VO2 Fréquence d'apparition de complications :
pulmonaires
cardiaques
décès
incapacité de réaliser le test : 102 patients
22%
22%
6%
capacité de réaliser le test : 75 patients
23 %
3%
0%

Là encore la sédentarité est dangereuse alors que l'activité permet une meilleure réactivité de l'organisme